KELLY ARAUJO

« Avec Relief, on peut valoriser les profils atypiques ! »
Que faire quand on est un chômeur de longue durée et qu’on arrive en fin de droit ? Voilà deux ans qu’on s’agite sur un marché du travail tendu pour trouver un emploi – sans succès ! Et, dans quelques semaines, on ne touchera plus d’indemnités, plus un sou, alors que les factures, elles, continueront de s’amonceler sur le meuble de l’entrée. On se sent rejeté par la société, on n’a plus aucune confiance en soi, les déceptions se succèdent… Il y a tant de portes fermées sur la route !
Des trajectoires comme celle-ci, Kelly Araujo en rencontre quotidiennement. Depuis cinq ans et son arrivée chez 022 Familles, elle a fait de l’insertion professionnelle sa mission. Elle accompagne des personnes en transition, en les aidant à concrétiser leur projet professionnel et à lever les freins qui peuvent intrinsèquement saper leurs ambitions : un niveau de français moyen, un manque de qualification, des compétences en jachère… « En règle générale, ce sont des adultes, avec une moyenne d’âge de 45 ans, qui ont un parcours de vie compliqué », résume-t-elle. « Le marché du travail tend à se professionnaliser et à demander de plus en plus de diplômes. Si vous n’avez pas une AFP ou un CFC au minimum, l’insertion devient très compliquée. »
L’association Relief a été créée dans ce sens. Ce projet d’insertion professionnelle a vu le jour officiellement au sein de 022 Familles, alors Pro Juventute Genève, en 2018 afin d’encadrer les emplois de solidarité dans le service Mary Poppins – une solution de garde d’enfants à domicile qui emploie 200 femmes, dans le but de pallier la pénurie de places en crèche. Rapidement, d’autres associations, comme la Croix-Rouge genevoise, le Centre social protestant (CSP), puis Partage, ont demandé à 022 Familles de gérer également l’accompagnement de leurs collaborateurs en insertion. À la suite du déménagement à l’Espace Tourbillon, l’idée de mutualiser ces compétences est alors devenue une évidence. « Fides a engagé une cheffe de projet, Émilie Vez, qui nous a aidés à analyser les besoins de chaque structure et à mesurer la plus-value que peut apporter une telle synergie », explique Kelly Araujo. « Tout ce travail nous a permis de définir le positionnement et le rôle de Relief dans cet écosystème. »
De projet pilote à association
Après une phase pilote d’une année, en 2024, qui a vu Caritas Genève et Genèveroule intégrer le programme, Relief était mûr pour prendre son indépendance et quitter 022 Familles. « C’était l’objectif dès le début des échanges sur la mutualisation ! » Kelly Araujo a été nommée responsable de ce service. L’association a emménagé dans ses propres locaux à l’Espace Tourbillon, avant de déposer ses statuts en 2025. L’équipe, elle, compte désormais six personnes. « Notre objectif n’est pas de grandir trop. Nous cherchons plutôt à développer des programmes d’accompagnement innovants, notamment avec les entreprises du canton. En règle générale, nous arrivons en fin de parcours, une fois que la personne a vécu l’épreuve du chômage. Pourquoi ne pas intervenir en amont, au moment où elle est licenciée ? »
Aujourd’hui, Relief gère un volume d’une centaine de profils – soit 20 à 30 par collaboratrice à 100 %. « Comme nous offrons un accompagnement de longue durée, nous ne les voyons pas tous les jours », précise la Genevoise. Qu’est-ce qui fait qu’une réinsertion professionnelle est jugée réussie ? Pas de miracle : la motivation, tant chez l’employeur que chez le partenaire, doit être au rendez-vous. « Il faut se donner les moyens de se libérer pour faire des stages ou suivre des cours de formation », admet Kelly Araujo. Sur ce chemin vers l’épanouissement professionnel, chaque obstacle – comme un endettement, un casier judiciaire ou un problème de santé – peut, en revanche, compliquer singulièrement la recherche d’emploi. « Notre mission est remplie lorsque la personne trouve un job dans le domaine qu’elle souhaite, qu’elle a passé sa période d’essai et que son emploi s’inscrit dans la durée. Nous prenons d’ailleurs contact régulièrement pour voir comment ça se passe sur leur lieu de travail. »
Petite structure, nouvelle culture
Portugaise d’origine, Kelly Araujo ne se prédestinait pas à travailler dans le social. Après avoir passé son diplôme HEC, elle s’est d’abord spécialisée dans les ressources humaines. Elle travaille pour une agence de recrutement, puis une start-up, avant de pousser les portes du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Pendant trois ans, elle est chargée du recrutement. « Le CICR, c’était 15 000 employés dans le monde, 1500 à Genève. Je mesurais très bien l’impact de mon travail sur le terrain, autour de la planète, mais moins au niveau local. Dans ce genre de structure, très attractive, nous avons le choix du luxe : nous cherchons les meilleurs profils ! En revanche, les profils atypiques n’étaient pas toujours retenus. Certains candidats ne présentaient pas le meilleur CV, ils avaient des trous dans leur parcours professionnel, parce qu’ils avaient rencontré des problèmes dans leur vie. Mais il était compliqué de valoriser ça face à 200 autres CV parfaits ! »
La Genevoise avait envie de valoriser ces profils-là. Elle avait aussi besoin de travailler dans une plus petite structure. « J’ai commencé par faire du bénévolat à l’Université ouvrière de Genève (UOG), puis à l’Hospice général », explique-t-elle. « J’ai profité de cette période pour me renseigner, rencontrer des acteurs clés dans l’insertion professionnelle et tisser mon réseau. » Alors que le monde est confiné, pandémie oblige, Kelly Araujo fait le grand saut : elle est engagée chez 022 Familles. Pourquoi ce choix ? « J’ai senti que cette fondation était ouverte à des profils qui ne provenaient pas du social : je pouvais apporter de nouvelles idées avec mon parcours plus axé entreprise et recrutement… » Pourtant, il lui a fallu du temps pour assimiler cette nouvelle culture, où tout n’est pas figé dans des process et où chaque décision est prise de manière collégiale. « On discute de tout ensemble. Cela prend plus de temps, mais notre marge de manœuvre est plus large : nous avons la possibilité de proposer et de mettre en place des projets plus facilement. Et ça, c’est fondamental ! »
Aujourd’hui, Kelly Araujo ne changerait d’univers pour rien au monde. « Nous entendons des histoires de vie, nous rencontrons des personnes qui ont des parcours compliqués. La clé est de faire la part des choses, à prendre un peu de recul pour bien périmétrer notre rôle et ne pas tomber dans l’accompagnement psycho-social. Nous avons aussi de la chance de pouvoir débriefer en équipe. Et ça, ça n’a pas de prix ! »
BIO
2015
Consultante en recrutement chez Hays.
2016
Chargée de projets RH à l’Union européenne de radio-télévision (EBU).
2017
Chargée du recrutement au siège du CICR à Genève.
2020
Engagée par 022 Familles comme conseillère en insertion.
2025
Devient responsable de l’association Relief.